Premier jour de blocus maoïste au Népal: la campagne paralysée, Katmandou épargnéedimanche 13 février 2005, 17h04 - KATMANDOU (AFP) - Les rebelles maoïstes ont commencé d'imposer dimanche un blocus général illimité au Népal pour protester contre la prise des pleins pouvoirs par le roi, paralysant la province mais pas la capitale alors que l'armée était en état d'alerte.
La date choisie par les rebelles pour protester contre le roi Gyanendra, qui a pris les pleins pouvoirs et instauré l'état d'urgence le 1er février, coïncide avec le neuvième anniversaire de l'insurrection lancée en 1996.
Les forces de sécurité ont escorté les poids-lourds osant quitter la capitale.
"Un nombre suffisant" de soldats et d'hélicoptères ont été déployés le long des principales autoroutes, a indiqué le porte-parole de l'armée, le général de brigade Dipak Gurung. A l'entrée de la vallée de Katmandou de nombreux soldats et forces de police armées patrouillaient à pieds ou en camion.
Mais à l'exception de vans, très peu de véhicules ont emprunté dimanche les principales autoroutes de province, a indiqué un membre de la Fédération népalaise des entrepreneurs de transport, Purna Shrestha.
Sur 200 km entre Pokhara (ouest) et Katmandou, moins de 10 véhicules ont emprunté l'autoroute vers la capitale entre 12h15 (6h30 GMT) et 18h15 (12h30 GMT). Dans le sens contraire un maximum de 50 camions se sont dirigés vers l'ouest du pays en provenance de Katmandou escortés par un ou deux transports de troupes anti-mine.
Au carrefour stratégique de Mugling (à 100 km de Katmandou), seuls "cinq à dix véhicules dont quelques camions-citernes" étaient arrivés en milieu d'après-midi par la route en provenance de l'Inde, source d'approvisionnement de Katmandou, a indiqué un lieutenant sur place.
Un convoi d'une vingtaine de camions-citerne vides et de bus a pu se diriger vers l'Inde, escorté par l'armée, après avoir été bloqué environ 45 minutes.
"Nous avons stoppé les camions pour leur assurer la sécurité. Nous avons plein de forces en renfort, des hélicoptères en stand-by. Les voies sont dégagées, il n'y a pas d'obstacle. Il n'y a pas eu d'attaque encore", a poursuivi le lieutenant.
Un des chauffeurs Dinesh Lama, 25 ans a indiqué n'avoir "eu aucun problème" jusqu'à présent mais "j'ai peur de prendre la route, il peut arriver n'importe quoi", a-t-il dit.
S'il n'y avait pratiquement pas de circulation entre Katmandou et Pokhara en revanche, tous les magasins étaient ouverts. Mais des commerçants de Pokhara ont indiqué avoir été forcés de le faire.
"Ce matin, à 8H00, la police a patrouillé et a informé chacun de rester ouvert", a expliqué un quincaillier.
"Si nous avons ouvert, ce n'est pas par choix, c'est parce qu'on nous y a forcés", a dit un membre de la Chambre de commerce locale. "Il y a deux jours le commandant de garnison a organisé une réunion et a dit aux commerçants (...) qu'il fallait ouvrir", a-t-il ajouté.
Les commerçants craignaient du coup les représailles de la guérilla qui a averti certains que des engins explosifs pourraient être lancés contre les commerces n'ayant pas respecté le blocus selon un hôtelier de Pokhara.
En revanche, à Katmandou, la circulation était normale, avec des commerces ouverts. "Cela est peut-être dû au fait que personne dans les journaux, à la radio ou à la télévision n'a informé la population sur le blocus", a estimé un gérant de magasin, Narayan Neupane. Le roi, qui a suspendu tous les droits fondamentaux, a interdit toute diffusion d'information sur les rebelles.
En début de soirée, la capitale animée était sujette aux embouteillages et rien n'y indiquait que le pays était soumis à la fois à l'état d'urgence et au blocus.
La rébellion a précisé que le blocus se prolongerait aussi longtemps que le roi ne reviendrait pas sur sa décision. Le monarque a expliqué avoir limogé son gouvernement parce qu'il avait échoué à entamer des négociations avec les maoïstes. Il s'est donné trois ans pour restaurer paix et démocratie.
Rappel des ambassadeurs au Népal de l'UElundi 14 février 2005, 14h02 - PARIS (AP) - Les Vingt-Cinq ont décidé de rappeler pour consultations leurs ambassadeurs au Népal où le roi s'est octroyé les pleins pouvoirs récemment.
"A la lumière des récents événements au Népal, nous avons décidé avec nos partenaires européens de rappeler pour consultations les ambassadeurs de l'Union européenne résidants à Katmandou", a annoncé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hervé Ladsous.
"Notre ambassadeur quittera donc temporairement le Népal ce soir pour Paris où il fera part aux autorités françaises de son évaluation de la situation. Le retour est prévu d'ici à la fin du mois", a précisé M. Ladsous.
"Nous appelons une fois de plus toutes les parties concernées à agir dans le sens du rétablissement le plus rapide de la démocratie et à respecter de l'homme et les libertés civiles", a encore déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay.
Le roi Gyanendra du Népal a démis le gouvernement au début du mois et suspendu les libertés civiques afin, a-t-il annoncé, de rétablir l'ordre et de réduire la guérilla communiste. Lundi, il a consolidé son pouvoir en nommant deux anciens premiers ministres peu susceptibles de lui faire de l'ombre au sein du gouvernement.