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vendredi, janvier 13, 2006

mardi 10 janvier 2006, 10h46

L'étonnante histoire des Bourbon d'Inde, éminences grises des Begums


BHOPAL (AFP) - Dans la ville poussiéreuse de Bhopal, un palais en ruine et quelques tombes chrétiennes chuchotent encore aux visiteurs l'étonnante histoire de ces descendants de la famille royale française des Bourbon qui devinrent éminences grises des Begums, les reines de la cité.
C'est une histoire que narre leur descendant, Balthazar-Napoléon Bourbon, un gentleman-farmer avocat et paysan, à Bhopal, capitale de l'Etat du Madhya Pradesh (centre).
La porte d'entrée de sa demeure est ornée d'un "Maison des Bourbons" assorti d'une fleur de lys, blason de la dynastie. A côté, l'église fondée par son arrière grand-mère Isabella, où l'on voit le nom des Bourbon inscrit sur des tombes.
Selon la mémoire familiale, enrichie par les témoignages des visiteurs européens au fil des siècles, un certain Jean-Philippe de Bourbon Navarre arriva en 1560 à la cour de l'empereur Akbar, troisième de la dynastie moghole qui dirigea le pays du début du XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe.
Au XVIe siècle en
Inde, "il y avait plein d'Européens, de toutes nationalités, errant (...) dans le but de faire fortune", rappelle dans un livre sur les Bourbon le professeur d'histoire anglaise Siobhan Lambert-Hurley.
Les récits de famille disent que Jean-Philippe, fils d'un duc cousin du roi Henri IV, s'enfuit de France après avoir tué un noble français dans un duel. Kidnappé par les pirates puis échappé de leur griffes, il arriva à Goa sur la côte sud-ouest de l'Inde. De là, il réussit à s'attirer rapidement les bonnes grâces de la cour.
"Le jeune aventurier était grand, son allure vaillante", selon l'écrivain C.A. Kincaid.
"Akbar fut si ravi de son apparence qu'il le nomma responsable de l'armée royale", raconte M. Bourbon en se basant sur les textes d'Abu Fazl, ministre de cour qui écrivit Akbar-Namah ou Chroniques d'Akbar, considéré comme le plus grand roi des Moghols pour sa tolérance religieuse et sa bonne administration.
Jean-Philippe devint beau-frère d'Akbar en épousant Juliana Mascarenhas, la soeur d'une de ses épouses. Le couple vécut à Agra, où il fit construire une église, puis à New Delhi à la lisière de laquelle un quartier devenu industriel porte le nom de Lady Juliana ki Sarai.
C'est au XVIIIe siècle que leurs descendants s'installèrent à Bhopal où leur fortune se maria à celle des Begums. Ces reines dirigèrent Bhopal à partir de 1819 lorsque Qudsia Begum, 18 ans, - première des quatre souveraines - s'empara du trône à la mort de son mari le prince Nawab Nazar Mohammed Khan.
Un descendant des Bourbon, Balthazar, devint son Premier ministre jusqu'à ce qu'il meurt empoisonné en 1830, victime d'intrigues de cour.
"Les Bourbon revendiquèrent avoir mis la veuve de Khan sur le trône", explique M. Bourbon. "Plus tard, les époux des reines furent jaloux de leurs femmes et de la confiance qu'elles accordaient aux Bourbon".
Le fils de Balthazar, Salvador qui lui aussi devint Premier ministre, offrit un palais à la fille de Qudsia Begum, Sikander Begum. Sis dans la vieille ville, le palais, Shaukat Mahal, d'architecture franco-indienne, abrite aujourd'hui une faculté d'homéopathie et une école de beauté.
Avec l'abolition des titres royaux et des privilèges en
Inde en 1971, les Bourbon perdirent leurs royaux patrons et leurs biens. "Les jagirs (terres) des Bourbon furent confisqués. Alors les Bourbon se mirent à travailler. Personne ne l'avait fait avant mon grand-père", dit M. Bourbon.
Les descendants des Begums sont depuis devenus rois dans leurs disciplines, avec un ex-capitaine de l'équipe de cricket ou une star de Bollywood.
La famille Bourbon n'a elle aujourd'hui comme héritage de ses ancêtres français que leur nom et leur foi dans l'Eglise catholique. Balthazar-Napoléon Bourbon ne parle pas français.

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