L'Indonésie, grosse fumeuse de tabac, la cigarette y a son musée
SURABAYA (Indonésie) (AFP) - Une odeur sucrée et âcre de girofle et de tabac flotte dans l'air tandis que des femmes roulent de leurs doigts agiles des cigarettes devant des touristes admiratifs.
Cette scène exotique dans un monde où s'étend la chasse au tabac se déroule au musée Sampoerna de Surabaya, la deuxième ville d'Indonésie située à l'est de Java.
Sampoerna (prononcer "sampourna") était le troisième cigarettier indonésien quand il a été absorbé l'an passé par le géant américain Philip Morris. La transaction de 5,2 milliards de dollars reste un record dans l'archipel très gros fumeur.
La star du musée "House of Sampoerna" est sans conteste la "kretek", la cigarette typique d'Indonésie, mélange de tabac et de clous de girofle au parfum si caractéristique et qui crépite quand on la fume.
Des centaines d'ouvrières la roulent à la main dans l'immense usine Sampoerna, en partie montrée aux visiteurs. En roulant 4.000 cigarettes par jour, chacune gagne 60.000 roupies (60 dollars) par semaine. Sampoerna compte 37.000 salariés.
La seconde vedette du musée est Liem Seeng Tee, le fondateur de l'empire Sampoerna. Cet immigrant chinois très pauvre a commencé au début du XXe siècle à vendre des cigarettes à l'unité, avec un simple chariot à bras dans les rues de Surabaya.
Son épopée et celle de ses descendants, magnats du tabac et en particulier des kreteks, est illustrée par des photos en noir et blanc accrochée aux murs du musée, un ancien orphelinat construit au temps de la colonie hollandaise et racheté en 1932.
Cette même année le bâtiment qui avait alors été transformé par Sampoerna en théâtre a reçu la visite de Charlie Chaplin. Puis Sukarno, le futur père fondateur de l'Indonésie, y a prononcé des discours.
Aujourd'hui les salles du musée sont décorés de meubles chinois et d'une foule d'articles liés à la marque mythique, notamment un livre intitulé "Fumer est bon pour vous".
"Nous souhaitons partager avec le public l'histoire de Sampoerna, le combat de son fondateur et de sa famille pour en faire une réussite", explique Hengki Setiawan, responsable du marketing du musée.
"Nous voulons que la House of Sampoerna devienne la nouvelle icône de Surabaya. La kretek symbolise vraiment l'Indonésie", ajoute-t-il.
Selon un rapport de 2004 du ministère de la Santé indonésien, 62,2% des hommes fumaient en 2001 dans le pays. Plus des deux tiers avaient débuté avant l'âge de 19 ans.
Avec le Népal l'Indonésie est le seul pays à ne pas être partie à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, qui préconise notamment l'interdiction de la publicité pour les cigarettes.
Dans ce contexte laxiste, le musée Sampoerna se défend toutefois de participer à la promotion du tabac. "Nous avons une politique concernant l'âge", indique à l'AFP Ina Silas, la directrice générale de l'établissement. Les visiteurs de moins de 18 ans doivent être accompagnés de leurs parents.
Pour Willem Van Schendel, un touriste néerlandais, la visite s'approche de celle de châteaux français producteurs de grands vins.
"Bien entendu il y a une tendance mondiale à s'attaquer aux problèmes de santé, aux dangers de fumer, mais c'est la même chose pour l'alcool et pour moi ce n'est pas très différent. Et je suis non-fumeur", dit-il. Il estime que le musée "est très bien fait".
Ayu Setiarimi, une étudiante en tourisme de l'université Airlangga de Surabaya, admet que la House of Sampoerna "fait de la promotion indirecte", mais, poursuit-elle, "notre connaissance des cigarettes est désormais plus vaste".

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